> PRESENTATION DE LA GRANDE ARCHE
Posée de biais selon un angle de quelque six degrés, elle semble s’effacer avec discrétion et courtoisie devant la rigueur monumentale de la fameuse « voie triomphale ». Cette distance et cette élégance étaient également ce que l’on appréciait au contact de son créateur, Johan Otto
von Spreckelsen, décédé en 1987 avant l’achèvement du chantier.
L’architecte danois avait donné à son projet le nom de Cube. Plus tard, il deviendra la Grande Arche, rappelant que l’édifice se situe dans la perspective de ces deux illustres aînés : l’arc de triomphe de l’Etoile et de l’arc du Carrousel.
« Le projet de Johan Otto von Spreckelsen consistait en un cube évidé, simple comme un jeu d’enfant, une arche de marbre blanc, ne ressemblant à rien, hors des modes et des querelles stylistiques, un colosse virginal et flegmatique, de la même famille que les tours dures et closes de la Défense, aussi rigoureusement géométrique qu’elles, et pourtant tout à fait singulier, extraordinaire, jamais vu. C’était un objet fermement posé sur l’axe, mais percé, « fenêtre ouverte sur un avenir imprévisible », libéral en un sens ».(François Chaslin, Les Paris de François Mitterand).
La Grande Arche a été conçue pour recevoir des équipements publics. Le projet du carrefour international de la communication est abandonné en 1986, et remplacé par celui d’un grand ministère et d’une fondation humanitaire mondiale prenant place dans son toit. Avec les espaces d’exposition et d’animation du socle, il conserve à l’arche une vocation publique. Les deux parois de trente-cinq étages accueillent, elles, des bureaux privés.
En reprenant cent ans plus tard le flambeau de la Tour Eiffel pour célébrer le triomphe de la Liberté, la Grande Arche devient en quelque sorte l’autre monument pour admirer Paris.
Mais, au-delà du contenu, s’affirme la monumentalité du projet qu’explique un texte poétique de Johan Otto von Spreckelsen et que la maîtrise d’oeuvre de son confrère Paul Andreu, architecte de l’opération, n’a pas altérée. Si la Grande Arche ne célèbre rien de particulier du fait de son
programme d’origine, elle est inaugurée à l’occasion des cérémonies du Bicentenaire de la Révolution française.
Elle vient rythmer un axe déjà jalonné par deux arcs anciens et devient
l’âme du quartier de la Défense, son monument le plus prestigieux.
Sa situation exceptionnelle évoque l’ordonnancement des cités mayas : axe central ponctué par des oeuvres architecturales géométriques, arcs et pyramides. L’arche n’est pas une borne qui fermerait à tout jamais la
perspective mais un signe architectural perceptible également depuis l’ouest, une invitation à pénétrer dans Paris.